06.10.2009

Bibi et le Temple Maudit

 

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Je ne sais pas vous, mais Bibi lui, il se trompe toujours de file d’attente !

Souvent même, la file d'attente se raccourcit, mais Bibi reste quand même en toute dernière position, signe évident qu’un mauvais critère s’est subrepticement glissé dans sa sélection.

Au supermarché par exemple, le temple sacré de la consommation effrénée, Bibi, lorsqu’il s’agit de troquer le contenu de son chariot contre une liasse de biffetons, il croit que la file d’attente la plus courte sera forcément toujours le meilleur des choix possibles ! En outre, c’est la colonne qui se fait raccourcir par la plus jolie caissière, toute en sourire, ses yeux de biche surplombés d’une abondante chevelure dorée à la feuille. A en juger par la frénétique salve de bips émise par son équipement, le tour de Bibi de régler sa liste de produits glanés en surface de vente ne se fera pas attendre des plombes cette fois-ci. Qu’il fait bon poireauter en abrégé, s’offrir une courte pause délicieusement éphémère, Qu’il fait bon à côté du tapis roulant de l’élue, l’attirante et performante virtuose du scanner…

C’est que l’intendante du cortège de droite là, celle qui tire une tronche à trente six angles, comme si elle n’était pas heureuse de voir passer du beau monde sans avoir à se déplacer, elle semble  cruellement manquer de la dose de motivation comparable à celle de l’alerte juvénile à la crinière de blé mûr ! Analyse rapide de la situation et conclusion : Promptitude de traitement réduite car manque de concentration, donc attente démesurée du roi client, risque accru de nerfs royaux mis en pelote.

Et que dire de la trésorière du défilé de gauche, elle en a pour au moins une semaine là: Elle perd un temps précieux à produire les plus atroces grimaces et à adresser les plus agaçants clins d’œil à l’attention des trois remuants marmousets de la dame à la robe à volants. (Celle dont le caddie est encore plein comme un œuf à cause du manque d’espace encore disponible sur le tapis) De plus la distraite caissière, elle papote encore sporadiquement avec le gentil retraité, dont la lenteur de saisie des articles (ceux qui depuis belle lurette ont été traités et comptabilisés) est comparable à celle d’un automate de la toute première génération, c'est-à-dire de l’époque des balbutiements de la robotique, disons estampillé du timbre de la même année de production que le vioque lui-même.

Alors Bibi, une fois la marchandise empilée sur le convoyeur, code à barres alignés face vers le bas et parallèlement au sens de marche afin de grappiller des millisecondes de productivité, il n’a rien d’autre à faire pour tromper son impatience que de comparer d’un œil à intervalles réguliers, sa position par rapport aux concurrents des points de paiement voisins. Du coin de l’autre œil, Bibi surveille la performance de sa blonde championne et celle, diabolique de précision, du rayon rouge qui pourlèche et décode inlassablement les alignements de petites barrettes noires… Dans son esprit, avec la puissance d’émission maximale, il encourage télépathiquement la dextérité de celle dont dépendent sa progression et la réussite de son pari.

Soudain, c’est la fatalité qui claque de plein fouet ! Au moment de comptabiliser un sachet, une étourdie, là devant dans la file rigoureusement sélectionnée par lui, a stupidement oublié de peser ses trois cents vingt cinq grammes de chou-fleur bio ! Pas trace de la moindre étiquette autocollante de prix et de code d’accès sur l’emballage incriminé ! Elle devra immédiatement s’en retourner faire la queue en magasin, devant la balance à légumes en bloquant tout le processus d’encaissement et toute la procession! C’est la défaillance du système : Un bouchon s’est formé !

 Et pendant ce temps là, cette file de gauche qui fond plus vite que la motte de beurre dans une poêle à frire chauffée à feu vif.

Sept minutes plus tard, c’est cet hurluberlu qui accuse visiblement un fort arriéré technologique, qui doit enficher quatorze fois sa carte de crédit dans le lecteur, jusqu’à ce que son orientation soit correcte, son code secret et son paiement finalement acceptés par l’installation qu’il taxe au passage avec une mauvaise foi indiscutable de pseudo miracle de l’informatique.

 

Et cette file de droite qui gagne du terrain ! Et Bibi qui, selon son premier choix, aurait à ce moment là, dû se trouver juste là, à côté, entre la dame à grosses lunettes et le vieux loubard à la queue de cheval poisseuse. Dans une vie parallèle, celle où la malheureuse erreur d’aiguillage de jugeote n’aurait pas eu lieu, Bibi serait en ce moment à une épaisseur moyenne d’humain du portique d’arrivée, la main prête à dégainer le portefeuille !

 Pauvre Bibi ! Ca n’avance pas ! Et ne voilà t’il pas que bien après leurs passages respectifs en caisse, ceux là même qui ont profité de sa malédiction pour le distancer par la voie de droite et par l’artère de gauche, pour bien enfoncer la punaise dans la viande, ils consomment avec une audace sans nom, leur précieux temps gagné en se rencontrant par hasard et en discutant de la pluie et du beau temps… Ceci bien sûr, sans omettre de gêner la fluidité du trafic de cohue, et en affichant ces sourires victorieux sur leurs faciès !

 Ca ne peut plus continuer de cette façon! Une chose est certaine : Il va falloir conjurer le mauvais sort de la file d’attente maudite !

A sa prochaine visite dans le grand temple de la consommation, Bibi choisira la caisse rapide réservée aux clients porteurs au maximum de huit articles.

S’il faut renoncer en partie à s’alimenter pour mieux gagner, alors Bibi mangera moins !

Et comme ça, il gagnera la course au moins une fois dans sa carrière de pilote de chariot de courses…

 

 

24.09.2009

En somme….

Encore victime de l’un de ces énormes coups de barre…

Des paupières trop lourdes, fermer boutique, une pause, là, tout de suite!

Un cœur qui bâille le dernier ballon d’oxygène avant une phase de ralenti

Me laisser emporter dans une de ces merveilleuses petites coupures de paresse

Un roupillon des plus plaisants, à la bonne heure, celle de la sieste !

Cette vie peut bien attendre un peu qu’à pleine quenottes, je la croque encore…

Tiens, c’est étrange, subitement je suis capable de voler

Je n’aperçois nulle part aucun obstacle d’aucune sorte

Le ciel est bleu et la terre un paradis lumineux, fleuri et parfumé

Pourtant,  j’ai un peu peur de ne pas me réveiller…

 

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croqué par Loulou                                            

 

23.06.2009

Du rock n’roll dans l’biberon

biberon.jpgIl m’arrive un truc étrange depuis hier

J’ai repris le rôle de grand-père

A mon père qui fait un grand pas en arrière

 

Ce que je vais devoir veiller sur le p'tit garçon !

Que ma fille nous a fait livrer derrière l'paillasson

Et faudra qu’elle lui mette du rock n’roll dans l'biberon !

 

 

 

 

 

 

Je me sens devenir un patriarche respectable

Qui en a ramé des kilomètres et même sur le sable

Je vais enfin pouvoir jouer au vieil homme sage

Avec ce gamin tout juste sorti du modelage…

 

 

04.06.2009

Le fruit de mes recherches

Avant que mes yeux ne sondent l’éternité

Qu’on ne transfère mon âme vers l’autre verger

Je ne cesserai de goûter au fruit de mes recherches

J’apprécierai tout, du moindre pépin de ma pomme

Jusqu’aux rondeurs de cette cerise sur le gâteau

Et sur une pelure de banane je les laisserai glisser

La pulpe et le germe du noyau de la pêche

J’aspirerai le nectar du fruit de la passion

Et mordillerai sa chair à pleines dents…

 

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10.05.2009

Etapes de natures

Hier j’ai (enfin) ressorti ma bicyclette.

Elle était recouverte de trois bonnes années de particules de cave et de toiles d’arachnides lâchement abandonnées. C’est comme ça, c’est la nature. Et moi, apprenez que je suis de nature hautement paresseuse.

Un bref passage à la pompe (à vélo) puis à l’éléphant bleu et voilà mon cycle affichant le lustre d’antan, prêt à avaler les kilomètres de bitume et de chemins caillouteux.

Mais à la seule vue de sa selle profilée contre-nature, un peu comme un instrument de torture malsain, le problème était alors qu’en trois années de séparation d’avec mon cadre,  mon postérieur s’est quelque peu habitué à la flatterie des sièges cuir de la SunOfMobile.  

Le choix se résumait désormais à trois options :

  • A)  Il va falloir mettre de la ouate dans le fond de mon short avant d’entreprendre ce rare voyage d’agrément.
  • B)  Je renonce au confort et le voyage inaugural printanier sera court sans compter que l’heure de l’apéritif approche.
  • C)  Je renonce à l’escapade nature, l’engin est propre et c’est déjà chose exceptionnelle en soi.

A l’instar de Caroline Loeb, c’est à priori la ouate que j’préfère, mais voilà que je trouve mon placard à ouate désespérément vide de toute matière cotonneuse susceptible de tapisser mon fond de culotte. Je vais alors devoir monter à cru ! Par élimination, j’opte donc pour le plan B) et tant pis pour mon délicat séant : Il faut parfois savoir souffrir dans ce monde injuste et brutal…

Ni une ni deux, enfin si, deux au moins, me voilà lancé, la frange au vent, les mollets gonflés de vigueur.

Première étape dans un joli coin de jungle en milieu de parcours (Au kilomètre 1,6)

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Quand c’est très choli tout près, à quoi bon s’emmerder à aller chercher plus loin mmmh ?

[proverbe et photo de Al  Bymyself  © 2009 ]

Voilà. Ne restait qu’à parcourir l’interminable trajet du retour avant d’atteindre le poste de contrôle de la deuxième étape : L’apéro, ma seconde nature !

Rien que pour mettre cette photo sur mon blog aujourd’hui, ça valait vraiment le coup de me casser le cul hier !

 

 

 

14.03.2009

La fessée patrouille

Je le reconnais enfin publiquement, mais j'avoue que ça m'en coûte :
- J'ai été élevé au tape-tapis en osier tressé !

Pour ceux qui n'ont jamais entendu parler de cet accessoire, imaginez une sorte de raquette de tenis, faite à la base pour fouetter et donc dépoussiérer les tapis une fois suspendus. Votre brocanteur sera probablement heureux de vous en céder un exemplaire en bon état et à vil tarif si vous insistez...

Grâce à cette spécificité, je peux aujourd'hui me targuer d'un pédigrée rural et m'affirmer détenteur confirmé d'un popotin de robuste facture. Le sentiment d'être l'un des prolongements d'une longue lignée de durs à cuire (et du cuir), prédomine encore, dans les tréfonds de mon esprit.

C'était pour notre bien ! Une éducation à la baguette, la célébration de l'inévitable châtiment physique en cas de pétouillon de traviole, le culte de la pétoche de la poigne qui s'abattra lourdement sur le postérieur dénudé du vilain, le principe de l'obéissance et du respect versus la sanction et la culpabilité.

Parfois, je me demande si mon arrière-train fume encore, car je n'ai pas été extirpé de la série des moutards les plus sages ! Alors, une seule petite pensée pour ceux qui avaient droit à la boucle en fonte du ceinturon de leur paternel, et je suis en mesure de retenir toute manifestation résiduelle de révolte : Comparé à d'autres, je n'ai pas été trop mal loti : Ne plus pouvoir m'asseoir sur mon séant en feu pendant quelques dizaines de dizaines de minutes, ce n'était de loin pas aussi sévère que la collection de bleus de torgnoles sur toute l'anatomie.

Heureusement dans les foyers modernes, cet ustensile d'osier ou son pendant post-archaïque en plastique, a depuis été efficacement substitué par l'aspirateur. Personne ne s'en plaint, mis à part peut-être les tresseurs d'osier contraints de recycler l'entier de leurs efforts dans les paniers de ménagères et de pique-nique.

Et moi, je déclare formellement ne pas posséder de tape-tapis. Et je réfute l'idée même, de m'être à l'occasion servi de ma ceinture dans un autre but que d'éviter au possible l'embarrassante chute de mon pantalon. Et lors de mes fréquentes rondes et patrouilles du côté de leurs chambres, je n'ai jamais eu a distribuer de coup de tuyau d' aspirateur sur les croupions respectifs de ma marmaille turbulente. La crainte du tape-tapis est maintenant inscrite dans nos gênes.

Pour terminer, je dois encore vous confier une chose : Vous relater LA dernière fois !

En principe on se souviendra volontiers des premières fois, mais ma dernière raclée, elle n'est jamais sortie de ma mémoire : Un jour ou j'avais encore mérité la flagellation de fondement, j'ai habilement subtilisé le tape-tapis des mains de ma génitrice et l'ai plié dans tout les sens en le coinçant dans une porte entrebâillée, ceci jusqu'à le rendre totalement inutilisable, même pour désempoussiérer le petit paillasson de l'entrée.

Ma soudaine révolte a payé. J'étais devenu le plus fort.
Il fallait enfin que je prenne garde à ménager mon magnifique cul de babouin...

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18.02.2009

Yamamoto Kimpetoku

Vous n'allez pas me croire mais il y a peu, par un bel après-midi ensoleillé, alors que je me promenais tranquillement seul dans une allée de peupliers, voilà que sous l'un des arbres je rencontre un personnage étrange : Il faisait de la "air" moto comme ça sur place en imitant de la bouche le bruit du puissant moteur de sa machine virtuelle, les deux bras en avant et les mains posées sur un guidon inexistant…

Je me suis dit : Tiens, un original ! J'ai fait mine de rien et j'ai continué mon chemin. Plus loin sous un autre peuplier, en voilà un autre qui lui aussi semble se croire chevauchant une grosse cylindrée…

Je commençais à sérieusement m'inquiéter : Me serais-je égaré dans le parc d'un établissement psychiatrique ? Reste que je n'ai fait que d'accélérer mon pas pour quitter au plus vite cet endroit fréquenté par des individus aux activités bizarres.

Plus loin un troisième motard faisait du sur place et criait vroum vroum à l'ombre d'un arbre…

Etais-je entré subitement dans la quatrième dimension ?

Au bout de l'allée sous le dernier arbre, se trouvait un autre homme qui lisait silencieusement un "air" livre. Il humectait son index à ses lèvres pour tourner les pages de son bouquin invisible et semblait passionnément plongé dans le récit qu'il dévorait des yeux…

Moi cette fois j'ai craqué, je me suis arrêté et lui ai demandé très poliment :
- Bonjour ! Dites moi monsieur, vous pourriez m'expliquer ce que font tous ces gens tout le long de cette allée à faire de la moto ?

A ces mots, le lecteur referme brusquement son livre, me fixe droit dans les yeux et me répond :
- Quoi ??? Ils sont déjà partis ??? Il enfourche son deux roues, donne un coup de pied sur le kick et démarre en trombe….

Y a des jours comme ça ou c'est à n'y rien comprendre ...

26.01.2009

Mode d’emplâtre

Les lundis, le plus souvent, ne comptent pas parmi les jours les plus mémorables du torrent calme qu’est mon existence !
Pour les actifs, c’est le portique de départ d’une autre de ces harassantes semaines, le porche duquel on n’aperçoit que vaguement, tout là-bas dans le noir, le ruban jaune à couper d’un dernier saut de gazelle de la ligne d’arrivée, le moment ou il sera permis de lever les bras au ciel et de fêter une autre de ces victoires hebdomadaires, et recevoir la médaille du mérite qui offre le droit incontestable au repos dominical.

Le décor de la compétition est maintenant planté ! L’arrivée est située là-bas en tout petit, dans le brouillard, la crainte de l’abandon, du problème technique, en cours de challenge, est plus que jamais, bien présente. Maintenant examinons l’enjeu de plus près: Vous pensiez peut-être que j’allais vous dépeindre une de mes semaine d’âpre labeur et d’intense stress ?
Que nenni ! D’ailleurs depuis mon passage à la timbreuse à l’aube, j’ai déjà pu adopter mon rythme de croisière sur les vaguelettes d’une mer d’huile de crise économique.
Non ! Cette semaine, j’ai décidé de m’imposer un handicap sévère. Je vais concourir dans la discipline reine, et me dépasser sans m’accorder la moindre pause ! Je vais carburer uniquement à l’oxygène pure et à l’eau fraîche, les dents serrées et le mental filtré de ses mauvaises humeurs et de ses accès de nervosité. Je vais fendre la bise en chantant à gorge déployée, l’enjambée généreuse et le front volontaire en guise de figure de proue…

Pour ce faire, comme tout athlète de haut niveau qui ne se respecte plus, je fais naturellement appel au dopage, mais ne le répétez à personne, si je triche un peu. Je me suis collé un timbre d’emplâtre saturé de nicotine sur l’omoplate opposée au cœur, qui diffusera sournoisement, derrière mon dos, la dose de stimulant qui me permettra « peut-être » de franchir l’arrivée de la première étape.
Je le sais, je ne suis pas à l’abri de la crampe soudaine, du claquage mentalo-épidermique, du craquage psycholo-illogique à deux pas d’un point de contrôle ( Je ne suis qu’un être faible aaaarg ! ).

A la nuit tombée, quand j’arriverai exténué au bivouac sur ce qu’il me restera de genoux, je me glisserai dans mon sac de couchage pour laisser le bon cœur de la nuit, recharger mon extincteur pour le rude parcours du lendemain…

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17.01.2009

L'ambre de moi-même

Avant que la bestiole ne se décide à me ronger moi aussi, je devrais peut-être, pendant que mon temps ne reste pas compté, aller fouler quelques roches sédimentaires isolées et préservées pour y laisser quelques traces de ma grosse pointure.

Allez savoir, il se trouverait peut-être encore un paléontologue, un archéologue du futur lointain ou un visiteur d'une autre galaxie, qui éprouverait un plaisir certain, et se passionnerait même à patiemment mettre à jour mes empreintes dans la poussière humide.

Rassurez-vous, ce n'est pas que je me considère doté d'un statut de dinosaure menacé d'extinction à inscrire dans la semaine courante au patrimoine de notre genre, ni même que je possède une paire d'exceptionnels specimens de semelles usées, mais dignes de laisser un indélébile témoignage ! Pas traces de signes assez particuliers qui pourraient justifier d'emprisonner ma relique d'individualité dans de la résine couleur de miel.

Car finalement, je n'aurai contribué au maximum qu'à une fraction d'un six ou sept milliardièmes, à l'effort d'un grand pas pour l'humanité, en mettant plus fréquemment qu'à mon tour, le pied dans le plat, le doigt dans l'engrenage, la main dans le sac, le nez dans les affaires des autres, en n'omettant que rarement, de chuter la tête la première, et tomber dans l'oreille de sourds.

Tout bien reconsidéré, je n'aurai qu'à repartir la queue entre les jambes en laissant le calendrier effacer mes traces sur le plancher de mère nature, en la remerciant de m'avoir accueilli, et en nourrissant l'espoir que je n'aurai pas démesurément abusé de sa généreuse hospitalité.

Et ma patte, au lieu de vouloir l'imprimer dans le sol, je la laisserai de velours jusqu'à mon dernier bol d'oxygène. Je poursuivrai ma voie toute tracée et indubitablement éphémère en me retenant de me prendre pour un fossile qui s'interpelle sur la meilleure manière de laisser une marque durable et de conserver ses restes...

Je ne suis qu'une feuille de l'arbre. Et l'arbre dans la vaste forêt, il finira lui aussi par disparaître avec ses racines...

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12.11.2008

La recette du pingouin

pingouin.jpgL’autre jour pendant le repas de midi, un voisin de table nous a affirmé, probablement pour meubler un silence trop pesant, que s’il commençait aujourd’hui à préparer chacune des recettes contenues dans ses nombreux livres, il en aurait pour plus de vingt années à manier le manche de la casserole et la touillette.

Une fois que cette information est remontée de mon canal auditif au cortex pour y être décortiquée,puis que le résultat de la procédure de comparaison successive avec les informations déjà contenues dans ma base de données est tombé dans le réceptacle à réponses, j’ai du déclencher une autre action auto-interrogative d’urgence pour en savoir plus sur ce qui et à quel moment avait pu nous différencier à ce point, ce quidam et moi, votre humble narrateur.

Donc durant vingt longues années, ce cadre supérieur des hautes écoles costumé pour le bal des gros bonnets, allait se procurer un à un et avec l’exactitude du métronome, chaque ingrédient de sa liste pour pouvoir l’ajouter dans sa grande marmite, et ce, dans l’ordre chronologique prescrit dans sa bible de la réussite. Il laissera mijoter à feu doux aussi longtemps que l’indique sa méthode, avant de pouvoir se délecter du travail accompli selon les règles de l’art, bien que concoctées par un autre chef toqué.

Mais où est la cuiller à soupe de fantaisie, le petit supplément de beurre, le zeste de citron vert improvisé, l’idée subliminale de qui n’en fera pas tout un plat, mais simplement un plat unique ?

Voilà une déclaration qui me semble bien mystérieuse ! Vingt ans d’une discipline et d’une rigueur de fer.
Pour trouver réponse, je devrais certainement le cuisiner ce curieux bonhomme, et par tous les moyens, pour qu’il finisse par se mettre à table !

Ah, le ticket du résultat du traitement de la deuxième question vient juste de tomber dans le réceptacle à réponses. Je vous le lis comme il est arrivé :

Au lieu de me poser toutes ces questions idiotes, tu ferais justement mieux de toi aussi de t’en acheter un, de ces livres de recettes.
Parce que moi ton cerveau, j’en ai vraiment ras la patate de toujours devoir goûter à tes préparations hasardeuses…

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