24.07.2006

Des mots qui frappent

Le week-end passé, avec ma bourgeoise chérie, nous sommes allés nous entasser avec plus de trente cinq mille autres bipèdes dans un grand festival en plein air : Le Paléo festival de Nyon.

C'est pour nous une petite tradition estivale, il faut bien prendre l'air de temps à autres, même sous un soleil de plombs, parce que regarder tourner les poissons dans l'aquarium à l'ombre des volets du salon c’est sûr, ça va un moment...

Ca permet aussi de tester son potentiel de résistance à l'agoraphobie et de renifler un peu de saine poussière pour bétonner sa tubulure respiratoire et renforcer ses défenses immunitaires.

Et puis quand il y a alerte canicule, comme je suis plus près d'être une personne âgée en péril que d'être un adolescent pré pubère attardé, "ils" disent qu'il faut boire même quand on n'a pas soif. Heureusement les organisateurs de la manifestation ont tout prévu : Il y a des pompes à bière fraîche tous les trente deux mètres pour éviter la déshydratation fatale...

A un moment nous nous sommes entassés dans la tente de la plus intimiste des quatre scènes. C'était pour voir le spectacle d'une sorte de poète géant accompagné par légères touches d'un quatuor à cordes, d'un piano électrique ou d'une guitare acoustique, bien entendu avec les musiciens nécessaires derrière chaque instrument, ça va sans dire.

medium_grand_corps.jpgLe Monsieur perché sur l'estrade, d'une voix profonde et magnifiquement hypnotisante alignait de percutantes phrases, avec des rimes superbes et intelligentes à un rythme martelant l'intérieur des tempes. Avec une régularité de métronome ce mec modeste et positif parvenait de son énorme talent et son énergie à faire parcourir à travers tout mon corps des frissonnements intenses. Le public présent respectait un grand silence pour que personne ne rate un seul de ses mots durant ses performances. Ce type de poésie finement ciselée s'appelle du slam.

Dans mon humble opinion, il s'agit là d'une expérience ou d'une découverte de grande qualité que je ne peux que conseiller à tous ceux qui sont pourvus d'une paire d'oreilles directement reliées au centre de traitement des émotions !

Plus tard, alors qu'on attendait dans la foule amassée et serrée devant la grande scène pour le concert de la tête d'affiche de la journée, nous étions comme d'habitude bousculés par ceux qui s'acharnent à traverser la foule déjà dense pour tenter, en piétinant quelques tongs et ce qu'il y a autour, d'atteindre un point de vue mieux centré devant la scène.

A un moment un quidam, le portable collé à l'oreille, tentait lui aussi de fendre à coups d’épaules les spectateurs, pour semble t'il rejoindre une connaissance qui devait probablement lui faire des signes de la main au loin... C'est à cet instant que ce passant dit à haute voix dans son téléphone à son interlocuteur :

... Non je ne te vois pas ! Tu pourrais au moins me faire des signes intelligibles...

Contraste ? Là-dessus j'ai une hypothèse qui se défend : Même toutes proportions gardées, celui là il n'était pas aussi talentueux avec la langue et les mots que le grand maître que nous avions, plus tôt, eu la chance d'apprécier à sa juste valeur...