02.11.2008
Toc chaud
Je souffre d'un trouble obsessionnel compulsif presque chaque matin au réveil.
Mais je crois que j'en ai déjà compris la raison docteur...
Au beau milieu de la nuit, parfois je me réveille pour changer de position, et il est impossible au neurone de l'équipe de nuit chargé du contrôle de mon bras droit de procéder au mouvement de repli stratégique nécessaire..
Donc forcément, ce dernier déclenche une alerte conformément à la procédure, réveille et convoque le gratin du bureau central opérationnel de la motricité pour une séance extraordinaire.
Monsieur Pétoche du service des enquêtes de sécurité est le premier à prendre la parole et à évoquer une piste possible :
Ce bras engourdi qui ne répond plus, ne serait-ce pas parce que la grande faucheuse, profitant sournoisement d'un congé sommeil, était occupée à extraire peu à peu de notre structure, la substance vitale, notre heure étant arrivée ? Nous serions nous réveillés mort à l'aube si l'oreiller avait été bien en place et la couette uniformément répartie sur nos deux jambes ?
Heureusement le délégué du département anti-panique intervient et soulève une autre hypothèse plausible : Ce n'est probablement qu'une défaillance d'un agent de la circulation sangine qui se serait endormi à son poste et qui devrait immédiatement se voir gratifier d'un blâme.
Mais c'est alors que le responsable de production de la chaîne pulmonaire tape du poing sur la table : Ah non ça suffit, hein, cessez de toujours minimiser les causes des multiples défaillances structurelles que nous avons à déplorer ces temps-ci ! Tout ceci est à mettre sur le compte des incapables des addictions ! Ils n'ont toujours pas été à même de régler, le pourtant déjà très ancien problème de tabac. Ce qui forcément multiplie les pannes et complique la tâche des agents de la circulation sangine qui peinent à respecter les délais.
Messieurs calmez vous, coupe alors le grand patron. Si nous ne voulons pas que notre entreprise periclite, il faut que nous recherchions des solutions tous ensemble, des cadres de la matière grise aux neurones de base chargés de l'élimination des déchets. Oh je vous ai vu grimacer Monsieur vésicule biliaire et je vous ai vu esquisser une mine réjouie Monsieur migraine, mais j'aimerais vraiment que dès aujourd'hui, vous tous, vous cessiez de distribuer des mauvais points aux autres secteurs d'activité que le vôtre.
Voici mon analyse de ce qui vient de se passer : Vous voulez tous devenir des neurones importants et monter en grade pour vous la couler douce, ce qui alourdit la masse de la tête de notre entreprise et diminue dangereusement le nombre d'éléments productifs. Cette si lourde tête posée durant des heures sur un bras immobile empêche la circulation en flux tendu de l'un de nos principaux produits par les canaux de distribution habituels. Au bout de la chaîne, le client final qui n'est plus alimenté en quantité suffisante finit par perdre patience et va jusqu'à cesser de répondre à nos sollicitations. Puis le manager du service qualité tire la sonnette d'alarme, réunit tout ce petit monde qui, au lieu de prendre les décisions qui s'imposent, se laissent aller à bien hasardeuses conjectures.
Voilà ce que je propose pour réagir à la situation qui nous préoccupe : Pour parer au plus pressé, nous allons tout simplement utiliser les forces de la branche saine de la société, c'est-à-dire le bras gauche, pour apporter provisoirement son soutien dans cette crise. Une fois notre positionnement sur le marché du sommeil assainie, nous retournons tous dormir et dès demain à la première heure, la secrétaire du service mémoire met au propre le protocole de cette séance et nous aviserons s'il y a lieu de faire appel au soutien d'un consultant externe pour régler ce cas précis. Puis nous définirons en réunion avec le conseil d'administration si ne devrons pas procéder à une restructuration pour nous préparer à mieux faire face à nos prochaines échéances...
Je souffre d'un trouble obsessionnel compulsif presque chaque matin au réveil.
Mais je crois que j'en ai déjà compris la raison docteur.
J'ai peur des décisions qu'on pu prendre mes actionnaires pendant que je me blottissais dans les bras de Morphée. Alors la première chose que je fais avant même de soulever une paupière, c'est vérifier si je suis encore chaud.
13:13 Publié dans Reportages | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : conseil d'entreprise, grand patron, réunion du personnel, conjoncture défavorable







Ecrire un commentaire